Kilimandjaro

Ma Petite – assis sur le lit de camp Une piaule crasseuse les murs jaunis de la douche d'où tu surgis N'entre pas surtout hein tiens toi bien sage (le vieux) Le vieux assis comme un abruti sur le lit de camp une (malheureuse et pitoyable) place qui nous laisse à peine ce qu'il faut pour y loger ma filiforme squelettique silhouette Et sa chair délicieuse rose et généreuse, et bien entendu nos : ébats ! assis ha faut qu'elle m'aime à mon âge qui n'ai pas d'autre choix que cet chambre d'étudiant à mon âge ! (si je ne buvais pas tout ce salaire de « professeur » me resterait sans doute de quoi améliorer la présentation générale du bonhomme.. Là c'est plutôt bienvenue dans l'antre crasseux et si nous allions dîner au self service ? ou bien un sandwich peut-être ? comme hier soir et avant hier ?) Si finalement elle s'est enfermée là dans ma douche c'est bien que tout vieil infortuné que je sois bref ! Venons en au fait ! surgissant donc enveloppée d'une serviette longue ornée d'un bugs bunny hilare qui dissimule tout des épaules aux mollets qu'elle a fort rondelets s'avance devant moi qui je le rappelle attend puisqu'elle m'a dit d'attendre bouge pas ! (où donc irais-je ? même pas un bureau dans ce trou) et là, avec un large sourire rose et humide ses cheveux blonds déferlant sur la serviette même pas sèche ! pas du tout sèche ! : laisse glisser son voile et son bunny, et là juste à la hauteur de mes yeux de mon nez de ma bouche très exactement le bas du ventre rebondi et le pubis orné d'un poil ras soigneusement taillé et par dessous car évidemment quoique un peu suffoquant j'ai la présence d'esprit d'y jeter un œil avant de lever la tête les lèvres saillantes et perlantes aller donc y voir à l'étage au dessus : d'éclatantes et fières poitrines au bout desquelles ces larges mamelons bruns à vous couper le souffle Le souffle coupé je parviens avec peine à me détacher de ces merveilles et tente une communication verbale à destination de cette bouille hilare comme Bunny, lequel gît désormais à terre, mon pauvre lapin, c'est mon tour maintenant, chacun le sien ! et : « Bonjour toi » ce qui la fait rire évidemment, tellement c'est inapproprié stupide et par vengeance et n'y tenant plus faut pas exagérer quand même je ne suis pas un poète et rien moins qu'un contemplatif dans ces affaires là, je saisis ce qui se présente devant moi et veut bien se laisser saisir à pleine bouche.

Ma Petite Ma Petite Pour sûr que nous étions dingue mais à notre décharge si je puis dire l'existence n'était-elle pas tellement horrible pas seulement horriblement ennuyeuse mais horriblement désespérée ? Tu rêvais après l'achèvement laborieux de ces études d'un ennui sans fond de partir où donc déjà ? Au Kenya ! Soit, moi j'avais cessé de rêver depuis longtemps excepté de toi ces derniers mois et j'ai dit : allons y pour le Kenya ses bêtes sauvages ses plages heu – elle avait vécu enfant à Djibouti petite poisson plongeur disait-elle en lovant son corps de sirène contre un de mes os et ne désirait qu'une chose y retourner et plonger à nouveau dans des eaux dit-elle si bleues si transparentes et qu'on pourrait tous les deux y faire l'amour Ha ça oui lui dis-je où tu voudras bien sûr ! Le Kenya si tu veux et même un fjord en Norvège ça m'ira ou des marécages amazoniens ça m'ira aussi On monterait un hôtel un hôtel de tentes dans la savane Avec des guerriers masaï tout autour ? (je suis fasciné par ces guerriers là) Oui oui Va pour le Kenya alors ! Et des enfants bien sûr ! Trois ou quatre... Autant que tu veux ! va pour les gosses au Kenya et les toiles de tentes pour safari dans la savane ! (je n'étais pas bien difficile à l'époque)

Ma Petite – L'ennui, c'est qu'on avait des ennuis. Et je regrette pour le Kenya et le reste, mais le rêve pesait pas bien lourd dans la balance n'est-ce pas ? Parce que sur l'autre plateau pesait alors, et ça pesait une tonne, bien plus que le rêve, bien plus que le Kenya et tous ses éléphants bien plus que mes os et tes seins resplendissants, bien plus que nos rigolades quand nous faisions l'amour sur le bureau dans la salle de cours après que tout le monde ait filé sauf nous bien plus que ces soirées à courir dans les rues de cette saleté de patelin morbide après avoir sonné en pleine nuit à l'entrée des immeubles bourgeois , sur l'autre plateau donc : mon mariage en déliquescence – et surtout la mariée en question, alternativement effondrée puis furie vengeresse, j'avais réellement peur qu'elle te fasse du mal ma Petite, qu'elle vienne de la ville voisine par le train et te coince dans une ruelle et te blesse comme elle avait blessé un type une fois lui éclatant les gencives sur le capot avant d'une automobile quelconque à la sortie d'une boîte de nuit parce qu'elle était jalouse, l'éclaté lui ayant préféré une coiffeuse on ne lui préfère pas une coiffeuse dit-elle et encore moins une lycéenne alors j'avais toutes les raisons d'avoir peur tu vois comme la fois mais ça viendrait plus tard l'été d'après mais qu'importe la chronologie la chronologie n'a jamais été mon fort alors que la géographie au contraire mais qu'importe une autre fois donc dans l'ascension du Ben Nevis par l'ennuyeux Ben Path alors que j'attendais tranquillement qu'elle me rejoigne tranquillement contemplant paisiblement la montagne dans le coude d'un lacet elle me gratifia en guise de remerciement pour mon ineffable patience d'un direct coup droit au menton ce après quoi je vacillai et : rien juste la regarder étrangement sans rien dire mais pas sans qu'elle aperçut dans mes yeux dit-elle bien plus tard un éclair d'envie de la pousser là tout de suite dans le ravin un bel éclair d'envie de meurtre Et je crois que ce pour quoi je lui en voulais le plus n'était pas ce direct coup droit au menton après tout c'était pas cher payé pour mes trahisons et ma goujaterie mais de me gâcher le paysage précisément à ce moment là Les Affaires Conjugales pas ma tasse de thé mais par Nevis ! surtout pas surtout pas ici surtout pas dans les montagnes mes montagnes mon refuge mes espaces infinis qui me tiennent lieu de patrie quand plus aucun lieu ne m'accueille, pas ici ! alors ça pesait lourd dans la balance les montagnes le coup droit direct au menton et ma lâcheté sa fureur et pesait aussi mon indécrottable incapacité à faire quelque chose de rentable dans la vie Les Affaires Sociales et Économiques et Financières autant de domaines et je le regrette où je demeure absolument dénué de talent m'employant sitôt que je me décide à travailler à dépenser mon salaire en alcool et le reste si bien qu'en en ne travaillant pas je n'en suis pas moins riche c'est-à-dire au final aussi pauvre, bref ma Petite un si mauvais parti ! alors de ce côté-ci de la balance donc le Kenya commence déjà à s'évanouir en fumée et reste un vague léger brouillard au sommet du Kilimandjaro les rêves éternels comme les neiges les éternelles promesses non tenues ce pour quoi je devrais en toute honnêteté rajouter au chapitre des charges grevant notre avenir sous la ligne lâcheté la mention de ma capacité à décevoir ce qui d'une certaine façon constitue ma qualité première ce en quoi on n'est pas déçu la seule promesse que je finis toujours par tenir : je déçois.

Des ennuis donc comme la toile de fond inamovible de notre amour mais avec ça ton sourire dix ans après rien que d'y songer il suffit à faire fondre mes neiges éternelles me recouvre des pieds à la tête et me déchire et me fêle alors Non ! je ne regrette pas ! je ne regrette pas nos virées en ville et comment nous mentîmes à la terre entière puis finirent pas en plus mentir du tout nous affichant et tant pis ! quand bien même le prix à payer serait élevé et ON ne se priva pas du reste de me le faire payer quand l'année d'après de retour au lycée ou quand j'ai vécu ces journées entières une grenade dégoupillée enfoncée dans l'estomac le genre de souffrance qui vous dépasse et vous déborde et rend fou car sans nul doute à la fin j'étais effectivement comme d'autres l'avaient prédit devenu fou parce que toi ma Petite avais pris le parti de la raison de la sagesse au nom de la préservation des intérêts de la Conjugalité et Dieu sait que je lui en ai voulu à ma femme d'être passé te voir finalement sans que j'en sache rien pris rendez vous dans cette saleté de ville et elle avait machiavéliquement fourbi ce plan derrière mon dos pour m'enlever la fille que j'aimais et la convaincre qu'il ne s'agissait là que d'une passade qu'elle la Petite n'avait aucune chance qu'elle devait se montrer raisonnable et d'ailleurs n'avait-elle pas des études à finir ? Rien que de l'écrire et d'y penser je haïs toujours je comprends c'est de bonne guerre mais je haïs

This article was updated on octobre 13, 2025